Les chevaux cabrés de Ferrari et Porsche n’ont aucun lien
Un as de l’aviation italienne d’un côté, le blason séculaire de Stuttgart de l’autre : les deux chevaux noirs ont grandi chacun dans leur propre histoire.
Ferrari et Porsche n’ont pas copié l’un sur l’autre : leurs chevaux cabrés noirs viennent l’un d’un pilote de chasse italien, l’autre des armoiries d’une ville allemande.
En bref
- Le cheval de Ferrari vient de l’insigne peint par l’aviateur Francesco Baracca sur son appareil en 1917.
- Celui de Porsche reprend le blason de Stuttgart, ville natale de la marque.
- L’écusson Porsche est né au début des années 1950 sur la 356.
- Aucun conflit juridique n’oppose les deux constructeurs au sujet de leurs logos.
La confusion est pourtant compréhensible. Garez une Ferrari à côté d’une Porsche et le même animal dressé sur ses pattes arrière, dans la même teinte sombre, saute aux yeux. La question de l’emprunt revient donc sans cesse chez les passionnés. Elle n’a jamais débouché sur un litige : selon Sport Auto, aucune querelle juridique n’oppose les deux marques, car chaque emblème porte un récit qui lui est propre.
Chez Ferrari, un insigne venu de la cavalerie
Le cheval italien naît sous l’uniforme. Francesco Baracca a d’abord servi comme officier au 2e régiment royal de cavalerie du Piémont, avant de rejoindre l’aviation de chasse. En 1917, il fait peindre sur son avion l’animal qui servait d’emblème à son ancienne unité, en noir. La mort du pilote, en 1918, transforme ce motif en symbole pour tout le pays.
Le lien avec l’automobile se noue cinq ans plus tard. En 1923, Enzo Ferrari vient de s’imposer sur le circuit de Savio lorsqu’il fait la connaissance des parents de l’aviateur disparu. La mère de Baracca lui propose alors d’orner ses voitures de ce cheval, en guise de porte-bonheur. Cette chaîne qui relie la cavalerie, Baracca puis Ferrari fait l’objet d’une documentation abondante.

Du porte-bonheur à l’emblème de marque
Enzo Ferrari ne s’empresse pas d’adopter le cadeau. Il patiente plusieurs années, puis le cheval s’installe par étapes.
- Fondation de la Scuderia Ferrari, structure que le futur constructeur attendait pour utiliser le symbole.
- Première apparition officielle du cheval en compétition, lors des 24 Heures de Spa-Francorchamps.
- Le cheval devient l’emblème de la marque, posé sur un fond jaune Modène et coiffé du drapeau italien.
Chez Porsche, les armoiries de Stuttgart
Côté allemand, tout part d’un nom de lieu. Stuttgart dérive de « Stuotgarten », que l’on peut traduire par « ferme d’élevage ». Fidèle à cette origine, la ville a choisi pour blason officiel un cheval cabré noir sur champ jaune, présent sur ses armes depuis des siècles. C’est là que Porsche a vu le jour.
Lorsque le constructeur se dote d’un écusson, au début des années 1950, il le fait débuter sur la 356 et place naturellement ce cheval local en son centre. La composition superpose plusieurs éléments : l’animal de Stuttgart au cœur, le nom de la ville, celui de Porsche, ainsi que des quartiers empruntés au Wurtemberg, avec leurs bandes rouges et noires et leurs bois de cerf. Le graphisme a depuis été rajeuni et ses reliefs affinés, sans que la silhouette du cheval change vraiment. Les amateurs de la Porsche 911 électrique retrouvent ainsi sur le capot un dessin resté très proche de celui des débuts.
Pourquoi les deux chevaux se ressemblent autant
La parenté visuelle doit beaucoup à un artiste. Sur les avions de l’époque, le cheval avait souvent la queue tournée vers le bas. En 1930, dans un livret commémoratif intitulé Per Francesco Baracca sul Montello, le peintre Gino Croari en propose une nouvelle version : corps plus tendu, queue franchement relevée, blason stylisé. Ce dessin se rapproche presque à l’identique du cheval que Ferrari arborera ensuite, et c’est cette posture redressée qui le rend si voisin de celui de Stuttgart aux yeux du public.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Jordi Elías. Licence : CC BY 3.0.


